2e partie de l’interview d’Henri Loevenbruck, écrivain motocycliste. Pour lire la première partie, cliquer ici.

Le pays n’est jamais cité dans le roman mais on se doute qu’il s’agit des States. Pourquoi ne pas l’évoquer ?
Cela ressemble en effet aux grands espaces d’une Amérique fantasmée, mais je ne voulais préciser ni les lieux ni l’époque de cette épopée, afin que tout le monde puisse s’y retrouver. Ce n’est pas mon espace et mon temps, c’est celui de tout le monde… C’est l’adolescence en général, que j’ai essayé de peindre. Les émotions qu’on y vit sont intemporelles et universelles…

Le style que tu utilises, naïf, plonge le lecteur dans l’univers adolescent. En fait, tu as assouvi ton rêve de gosse en écrivant « Nous rêvions juste de liberté » ?
Je voulais que le héros du livre, son narrateur, ait une voix particulière, un peu comme le jeune Momo de « La Vie devant soi », le chef-d’œuvre de Romain Gary : un langage un peu bancal, faussement naïf, bourré de tics, maladroit, mais je crois que ces maladresses et ces bizarreries disent beaucoup de choses sur le rapport du héros au monde. Il parle comme il est : avec naïveté, liberté, et un peu de folie…

L’écriture est aussi, forcément, une de tes passions. Pratiquer la moto nourrit-elle l’écriture, et inversement ?
La plupart de mes idées de roman me viennent au guidon de ma bécane ou au volant de ma voiture. La route est une source d’inspiration indirecte. Et puis il y a, pour moi, des liens très forts entre littérature et moto.

L’une comme l’autre sont des plaisirs solitaires, on lit seul, on conduit seul, mais qui se partagent : on roule à plusieurs, en club, et on partage ses lectures sur des forums ou dans des clubs de lecture. La moto, comme le livre, est un médiateur entre nos rêves. Elle les transporte, et leur permet de se rencontrer…

Est-il facile de décrire les longs voyages sur une selle, de ne pas se répéter, de transcender l’ennui de la route interminable et ce qu’il peut apporter ?
Non. Ce n’est pas facile. Je n’ai jamais autant travaillé sur un roman que sur celui-ci, justement parce que je voulais à la fois restituer le mieux possible et le plus complètement possible les joies et les peines de la bécane, mais sans jamais me répéter… Après, c’est plutôt à toi de me dire si j’y suis parvenu !

Le niveau d’écriture auquel tu es arrivé, en étant publié chez un grand éditeur comme Flammarion, te permet-il d’atteindre une certaine liberté, et donc de pratiquer la moto ?
La liberté que Flammarion me donne, c’est celle d’écrire les livres auxquels je crois, les livres que je rêve d’écrire. Ce n’est pas toujours facile car en France, les gens n’aiment pas trop quand on change de style. On aime bien mettre des étiquettes. Mais comme j’ai une horreur sainte des étiquettes, je prends la liberté à bras le corps !

Pour ce qui est de pratiquer la moto, c’est une liberté qui est donnée à tous ceux qui veulent bien la prendre, je pense. L’avantage de la moto, c’est qu’il y en a pour toutes les bourses. On peut prendre autant de plaisir sur une vieille bécane d’occasion pleine de kilomètres que sur un vaisseau flambant neuf et hors de prix : il faut seulement être prêt à partir ! C’est davantage une question d’état d’esprit que de moyens…

Pourras-tu écrire un autre roman sur la moto après celui-ci ?
Il ne faut jamais dire jamais, mais je ne pense pas. Après avoir écrit quinze romans, allant du thriller à la fantasy en passant par le roman historique, cela faisait des années que je voulais écrire un roman sur la moto. Je crois que c’est, à ce jour, mon roman le plus réussi. C’est en tout cas le plus personnel.

En refaire un autre, j’aurais l’impression de me copier moi-même. Mais je changerai peut-être d’avis dans quinze ans ! Pour l’instant, je travaille sur un nouveau thriller, inspiré d’une histoire vraie, et sur un projet assez énorme de saga historique… Mais il se peut aussi que je travaille sur une probable adaptation cinématographique de « Nous rêvions juste de liberté », et ce sera l’occasion d’écrire à nouveau sur la moto !

Roman : « Nous rêvions juste de liberté », par Henri Loevenbruck, éditions Flammarion ; 430 pages, 15,2 x 24,1 cm ; 21 €.

Critique : Twin power

Hugo et sa bande, 20 ans à peine, n’ont qu’une idée en tête : fuir la ville natale, Providence, où ils s’ennuient ferme et traînent quelques casseroles à la limite de la délinquance. En bécane, si possible...

Auteur de thrillers et romans ésotériques, Loevenbruck a imaginé un roman initiatique, ode à la route et au voyage que l’on lit à cent à l’heure, les motos filant sur l’immense ligne droite des rêves d’Amérique de l’écrivain. Enjoué et dramatique, naïf, rédigé dans un style familier parfois agaçant mais toujours sincère, ce récit qui lorgne vers le thriller est également une plongée documentée dans l’univers des clubs Harley, 1 % compris. Une histoire attachante, à avaler comme le bitume.

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