Le 6 octobre 1973, à l’heure où la jeunesse soucieuse de s’ouvrir au monde se dirige, qui en combi Wolskwagen, qui en stop vers Kaboul ou Katmandou, Ted Simon entreprend un voyage à moto qui durera 4 ans. Cet ingénieur chimiste, alors âgé de 42 ans, qui pige pour le Sunday Times, s’apprête à parcourir plus 100 000 km à travers 45 pays en emportant dans ses bagages un parapluie et une épée ! La teneur de l’ouvrage ne tient aucunement à la performance mais au regard à la fois lucide et empreint d’une grande bonté que Ted porte sur les peuples qu’il va côtoyer. Seule la qualité des rencontres, les émotions et la sensibilité peuvent donner naissance à ce genre de récit à la fois factuel, analytique et poétique. Les Voyages de Jupiter sont devenus de ce fait un récit intemporel.

Improbable monture
Sa machine, une 500 Triumph T100 monocarburateur - qui pisse l’huile dès le départ et n’est pas franchement adaptée à la piste - n’est qu’un moyen de transport qu’il choisit pour favoriser les contacts. La moto apporte une grande autonomie de déplacement mais rend aussi extrêmement dépendant des autres, faute de pouvoir transporter eau, nourriture, carburant et pièces de rechange en quantité. Ici point de plan, de notion de rentabilité, de retour sur investissement - ni même peut être l’intention d’écrire ce livre avant qu’il ne s’en retourne comme Ulysse à Itaque. Ted Simon est un vrai voyageur « de ceux-là seuls qui partent pour partir » comme l’écrit Baudelaire. En quête aussi de lui-même, on pourrait dire à la façon de Nicolas Bouvier, Ted Simon n’a pas fait un voyage mais a été fait par le voyage. Et c’est une des « leçons » d’ailleurs qu’a voulu faire partager l’auteur avec ce livre en encourageant ses semblables à se perdre quelque part dans le monde, pour apprendre et apprendre à se (re)trouver.

Qu’importe le flacon...
En attendant, il est bon de se plonger dans cette aventure motarde mais surtout humaine en gardant à l’esprit qu’elle s’est réalisée sur une machine que l’on qualifierait aujourd’hui « d’improbable » dans un monde sans GPS, sans Internet ni téléphone cellulaire, sans carte bancaire ni assurance rapatriement…

Les voyages de Jupiter
Par Ted Simon, Éditions Interfolio, 600 pages, 27 euros

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