La NW 200 n’est certes pas la seule course en Grande-Bretagne à se disputer sur une sur route ouverte en temps normal à la circulation, avec tous les obstacles que l’on peut imaginer : maisons, trottoirs, murets et autres poteaux. Celle de l’île de Man est certainement plus connue. Mais la NW 200 est une des rares courses au monde où les pilotes s’affrontent en « paquet » ; autrement dit, les départs se font comme pour une traditionnelle course sur piste. Un truc de fous, diront certains… Et c’est un peu vrai si l’on regarde les événements côté Continent !

Les Dunlop, toujours

« Chez nous », l’évolution de la course moto s’est faite avec la création de circuits fermés, dotés de zone de dégagements, avec l’amélioration de la sécurité que cela implique. Et des pilotes de Grand Prix, Agostini en tête, ont même fait grève pour les obtenir… Les pilotes britanniques, quant à eux, restent très attachés à ce type de courses, comme le public, par tradition et attachement à leur terre. Les plus belles histoires de la NW 200, et ce n’est pas le fruit du hasard, ce sont Robert et Joey Dunlop qui les ont écrites. Les deux frères, véritables icônes du sport moto en Irlande du Nord et originaires du lieu, ont remporté ici respectivement 15 et 13 victoires. Aujourd’hui encore, deux jeunes membres de la famille Dunlop sont sur la grille de départ.

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Maîtrise nécessaire

Mais courir à plus de 200 km/h de moyenne au tour, avec des pointes à plus de 320 km/h sur la ligne droite qui mène à Portrush, implique une certaine maîtrise de soi, une excellente préparation et surtout une bonne connaissance du tracé. C’est l’Anglais Michael Rutter, qui courait cette année aux commandes d’une BMW 1000 RR en catégorie Superbike et Superstock, qui nous explique les secrets de la réussite. « Comme bon nombre de pilotes de pointes qui peuvent prétendre à la victoire ici à la NW 200, je suis un pilote professionnel qui roule et s’entraîne à moto durant toute l’année. La préparation physique est certes importante, mais celle de la moto l’est encore plus, particulièrement en Superbike car ce sont des machines très puissantes, les mêmes qui évoluent en championnat d’Angleterre sur piste.

Une préparation sur mesure

Une attention particulière doit être apportée à l’assiette de la moto et aux suspensions qui doivent être fermes, mais pas trop, et surtout bien accordées pour encaisser les ondulations de la route et autres bosses. Sur ce tracé, très rapide, il y a des endroits où tu encaisses des compressions incroyables. Autre paramètre crucial ici, où l’aspiration joue un rôle important, c’est la confiance que tu accordes au concurrent qui est devant toi. Mais bon, avec la dizaine de pilotes qui se battent pour la victoire, il n’y a pas de surprises car ils connaissent le tracé et savent parfaitement où se situent les pièges. Pour le reste, ici comme ailleurs, c’est une question de motivation personnelle si tu veux gagner : le mental compte presque autant que la machine ! » Michael, 38 ans, a été 12 fois vainqueur dans les courses de la NW 200 entre 1995 et 2005. Son père, Tony, a quant à lui remporté 8 fois l’épreuve. Expérience, vous dit-on…

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Ambiance sympa

Les paddocks de la NW 200 n’ont rien à envier à ceux du championnat du monde Superbike ou à ceux de la MotoGP. Les gros camions ateliers des teams comme ceux des fabricants de pneumatiques sont là, ainsi qu’un espace VIP. La différence est dans la simplicité et l’accessibilité. Ici, tout le monde peut venir discuter avec les pilotes, regarder les mécaniciens travailler et profiter des nombreux stands d’animation qui bordent l’allée centrale de ce grand village. Des pilotes comme John McGuinness, Keith Armor, Guy Martin, Alastar Seeley, Conor Cummins ou Michael Dunlop, des véritables stars ici, n’hésitent pas à bavarder avec les gens venus de toute la Grande-Bretagne ou d’Irlande. Tout se passe dans le calme et la tranquillité, sans chiens de garde. C’est quelque chose que l’on aimerait bien encore voir au GP de France, au Superbike de Magny-Cours ou pendant nos deux grandes épreuves d’endurance… Mais malheureusement ; ce n’est plus le cas depuis des décennies !
Pour ne rien gâcher, la NW 200, c’est gratuit pour les spectateurs (ils achètent le programme, qui coûte autour des 10 pounds, pour participer symboliquement à l’organisation et faire acte de citoyenneté), alors « qu’over the Channel » les motards spectateurs sont de vrais citrons qu’il faut presser.

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À couper le souffle

Le jour de la course, le temps est incertain. Tranquillement installé dans des fauteuils, devant la porte d’entrée de sa maison, un couple de retraités assiste à la course, tout en écoutant le speaker qui déverse les informations depuis les haut-parleurs qui bordent le parcours. Ils ne savent certainement pas ce que veut dire Superbike ou Supersport, leur intérêt se focalise sur les pilotes locaux, par chauvinisme certainement. Ils connaissent parfaitement les prénoms des Dunlop, Seeley et autres McCallen, ces fils du pays capables de tenir tête aux pilotes venus d’ailleurs. Comme eux, la plus grande partie des 150 000 spectateurs est constituée d’Irlandais qui viennent en famille et qui ne rateraient pour rien au monde un tel événement. Il faut dire que le spectacle est permanent. Quatre catégories sont représentées (125, Supersport, Super-stock et Superbike) et, entre les essais et les différentes courses du week-end, ça roule en permanence. Paradoxalement, et contrairement aux autres courses anglaises sur route, les side-cars ne sont pas présents. Les qualifications sont très importantes car le départ de chaque course se fait par vagues d’une vingtaine de pilotes, avec un espace de plusieurs secondes entre chaque vague. Ceci empêche la formation d’un embouteillage au premier virage de York Corner et renforce la sécurité tout au long du parcours. Le départ des courses a lieu sur la partie du tracé qui borde la mer.

Ça sent bon le « chien chaud »

Le spectacle est irréel : voir ses pilotes se battre au milieu des embruns que l’océan plaque sur les rochers et les maisons en face, c’est unique ! Il y a bien des tribunes installées au départ et à chaque « coin intéressant » du tracé, mais la plupart des spectateurs sont assis sur les promontoires naturels, aux terrasses des cafés ou tout simplement dans leur jardin, comme nos deux anciens. Tout autour, vendeurs de hot-dogs et de bière locale font affaires. Sur la piste en revanche, ça ne rigole pas et tour après tour, les empoignades sont spectaculaires et les images parlent plus qu’un long discours.

Un tricolore dans la meute

C’est le local Alastar Seeley qui remportera la course de la NW 200 Superbike sur une Suzuki GSX-R, pour le plus grand bonheur des spectateurs. Il sera aussi vainqueur de la course n° 1 des Supersport, alors que Ian Hutchinson (Honda) remportera la deuxième. John McGuinness remportera la course n° 1 des Superbike, Paul Robinson (Honda) celle des 125 cm3 et Keith Amor réussira à mener une BMW sur la plus haute marche du podium dans la catégorie Superstock. Fabrice Minguet, le seul pilote tricolore inscrit à la NW 200, finira la course à la 40e place suite à des problèmes techniques. Autant d’illustres inconnus pour les continentaux que nous sommes mais qui inspirent un total respect pour la maîtrise de leur art.

Si les pilotes ont roulé par beau temps cette année, ils savent aussi devenir funambules quand le soleil se cache pour laisser place à une pluie qui vient de l’ouest. Comme souvent ici…

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