C’était en tout cas l’exaltation d’une volonté de puissance teenager qui s’affirmait après la grisaille des années d’après-guerre et la reconstruction de l’Angleterre. Un peu plus tard, l’hédonisme du Swinging London et le début du psychédélisme, associés à une qualité de vie en nette amélioration, viendront adoucir les mœurs de ces britanniques peuplades.

Et maintenant
Alors, quelques 35 ans plus tard, de Dom « The Mod » ou de Stephen « The Rocker », de la mèche blonde ou des rouflaquettes, du jeu de jambes ou des biceps, qui l’emportera ? Dans ce pays de bookmakers, les paris sont ouverts… En tout cas, pour rejouer cette portion d’histoire, deux montures s’imposaient : un scooter italien et un twin anglais, comme à la belle époque.
Nous sommes donc partis sur un Vespa 300 GTS et une Triumph Bonneville. Amore rosso contre good vibrations, cœur de rocker ou bopper en larmes, une chose est sûre, notre devise commune était : « Let’s go and keep on rollin’ » ! Illustrations dans ces pages…

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Terre d’histoire(s)
The white cliffs of Dover… Les falaises blanches de Douvres. Pour nous, Français enfants de l’Occupation, cette ligne sur l’horizon entrevue du ferry évoque la belle et symbolique éclaircie qu’a représenté la victoire de la bataille d’Angleterre par nos voisins au cours de l’été 40.
Une fois débarqué dans ce havre de paix, on apprécie la vue du château perché sur ces vertes collines avant de gagner, à quelques kilomètres à l’ouest, le mémorial de la Royal Air Force de Capel-le-Ferne. Là, dans un amphithéâtre livré au silence face à la mer, on a tout loisir de méditer sur la phrase de Winston Churchill, dédiée à ceux qui ont combattu : « Jamais une multitude n’a dû son salut à un aussi petit nombre. » On pense aussi à Kate Bush, éternelle petite fée britannique, avec sa chanson « Oh, England, My Lionheart » évoquant un pilote tombant d’un Spitfire en flammes vers les bras de sa rose d’Angleterre.

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On s’arrache à ces rêveries passéistes pour rejoindre le port de Folkestone aux pimpantes embarcations. Plus loin, dans un paysage de prés salés piqués de blancs moutons, on retrouve ce charme paisible à nul autre pareil de la campagne anglaise, comme sorti d’un roman de Thomas Hardy ou d’une toile de Gainsborough. Nous entrons dans le pays de 1066.
Cette étonnante appellation régionale est basée sur une date commémorant la bataille de Hastings qui vit la victoire de Guillaume le Conquérant, le seul à avoir réussi à débarquer en Angleterre : ni Napoléon ni Hitler n’ont réussi à faire de même.

Le vertige des corniches
À l’approche du soir, nous arrivons dans la charmante bourgade de Rye avec ses magnifiques rues médiévales pavées de galets et, plus loin, le long d’un chenal, un étonnant port aux allures de bayou. Une très belle halte-étape avec des auberges où l’on peut déguster le « fish stew » local, un méli-mélo de poissons bienvenu après toutes ces émotions.
Le lendemain, en suivant la route de corniche très agréable de l’A259, entre prés salés à droite et remblais sur la mer à gauche, nous découvrons, baignée de soleil, l’importante station balnéaire d’Eastbourne où d’aimables retraités jouent au cricket sur le front de mer. Dès la sortie, l’impressionnante falaise de Beech Head constitue un lieu de randonnée pédestre envoûtant. Pour l’anecdote, c’est ici que fut tournée, en 1979, la scène du scooter pour le film « Quadrophenia », inspiré de l’opéra rock du même nom.

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Brighton Rock
En parlant de mods, on se retrouve rapidement, après une portion d’autoroute, à Brighton et sur son célébrissime « Pier », vaste jetée sur pilotis couverte de baraques foraines au-dessus desquelles crient des mouettes. Le front de mer abonde en bars et terrasses pittoresques, et les peaux laiteuses rosissent sur les galets en attendant de s’adonner au nightclubbing hédoniste.
Autres temps, autres mœurs. Les rockers ont disparu, et notre parka détonne sous le soleil de juin…

Scoot’s toujours
Des rassemblements de scootéristes ont pourtant encore lieu, comme celui de Christchurch, très couru. Dès potron-minet le lendemain, nous nous dépêchons d’attraper le ferry à Portsmouth – à l’impressionnante tour en forme de voile, la Spinnaker Tower – pour cingler, en une demi-heure de traversée, vers l’île de Wight, célèbre pour son festival rock de la mi-juin. Un festival qui fut porté à la connaissance du monde en 1970 avec, entre autres, les concerts mémorables des Who et de Jimmy Hendrix.
À noter : les traversées pour cette île s’effectuent indifféremment de Portsmouth ou de Southampton.

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Une fois sur place, on goûte le parfum d’évasion et d’exotisme qu’offre ce séjour, avec ce sentiment privilégié de faire partie des « happy few », le rituel de l’embarquement et l’étape de la traversée constituant en eux-mêmes une sorte sas à travers une bulle temporelle.
De fait, l’île de Wight, losange d’environ 40 km de longueur, offre une jolie boucle pour une excursion motarde, alternant des paysages variés entre marais et réserves d’oiseaux à l’ouest, des panoramas exaltants comme la pointe des Needles ou la vaste échancrure en grandes courbes de Sandown Bay au sud-est, et l’ambiance délicieusement victorienne d’une bourgade comme Ventnor, sans oublier le charme portuaire de Cowes avec son bac à chaîne assurant la navette vers ses nombreux bars…

Vespa contre Bonnie
Sur cette île tout en contrastes, la Triumph Bonneville, plutôt saine en tenue de route et dotée d’un twin à la rondeur appréciable, pèche toutefois par ses amortisseurs trop raides qui nuisent au confort.
Le Vespa 300 GTS, très appréciable en conduite touristique pour la facilité qu’il procure à s’arrêter et à se reprendre aisément, souffre, lui, d’un manque d’autonomie par son réservoir trop petit. Par ailleurs, pour un 300 cm3, sa vitesse de pointe s’avère plutôt limitée. Il n’en reste pas moins un étonnant véhicule de tourisme, générant en outre un capital sympathie des plus agréables chez nos amis britanniques.

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Le coup de Trafalgar
Après cette exploration de la mythique île de Wight, retour par Southampton pour découvrir le merveilleux musée motocycliste de Sammy Miller (voir « Les trésors de l’Oncle Sam ») et, le lendemain, nous regagnons Portsmouth, où nous terminerons cette virée par une journée consacrée à la découverte de l’impressionnant musée maritime installé le long des docks dans le centre historique (voir « Pratique »).
Nous n’y manquerons pas la visite édifiante du HMS Victory, le trois-mâts de l’amiral Nelson qui défit la flotte napoléonienne à Trafalgar avant qu’il ne s’écroule, victime du coup d’escopette d’un marin français. Deux siècles plus tard, sans rancune, messieurs les Anglais ? En tout cas, ne tirez pas les premiers, car on a adoré séjourner chez vous !

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