La Fondation Vinci Autoroutes s’est associée à l’Institut de recherche biomédicale des armées (IRBA) pour réaliser l’étude « Performance de conduite prolongée de deux-roues sur simulateur : effets de l’hypovigilance et de la durée de conduite ». Son objectif est d’identifier l’impact du manque de sommeil et de la fatigue due à la durée de conduite sur les performances des motards.

Etude sur simulateur
L’analyse d’une série de paramètres de conduite sur simulateur montre l’impact de la privation de sommeil sur les capacités de conduite des motards sur autoroute :

  • 14 fois plus de risque de chute ;
  • 3 fois plus de variations de vitesse et 2 fois plus d’excès de vitesse ;
  • 2,6 fois plus de variations de la position latérale (1,5 fois plus en ville en fin de trajet) ;
  • 2 fois plus de franchissements de ligne inappropriés avec une durée de déviation 3 fois plus longue (1,5 fois plus en ville en fin de trajet).

Micro-sommeils
L’étude confirme la relation entre manque de sommeil et risque de micro-sommeils en situation de conduite. Alors que les épisodes de micro-sommeils (3 à 15 secondes) ne sont quasiment pas observés lors des sessions menées après une nuit normale, les motards privés de sommeil en subissent fréquemment (24 en moyenne sur autoroute après une privation de sommeil contre 0,6 après une nuit normale de sommeil). Ces épisodes de micro-sommeils coïncident d’ailleurs avec l’augmentation du nombre de franchissements de ligne et de chutes.

Le nombre d’accidents impliquant un deux-roues motorisé (2RM) est plus élevé de jour que de nuit, du fait notamment d’une densité de trafic accrue ; néanmoins, leur gravité (nombre de tués pour 100 victimes) reste plus conséquente en période nocturne (+50 %) quand les conducteurs manquent de sommeil.

« La somnolence a un impact direct sur les capacités de conduite des motocyclistes, analyse Clément Bougard, chercheur biomédical à l’IRBA responsable de l’étude.

Les conducteurs de 2RM en manque de sommeil ont en effet plus de difficultés à maintenir leur trajectoire et leur allure, alternant entre vitesses lentes et vitesses excessives. Ce comportement aléatoire est particulièrement dangereux puisque nous avons montré qu’il n’empêche en rien la survenue de micro-sommeils, limitant les chances de réaction face à un danger ».

Les performances de conduite affectées selon l’heure de la journée
Les tests révèlent aussi un « effet heure de la journée » avec :
- une baisse des performances de conduite observée sur tous les paramètres étudiés en début de journée (7h-8h) ;
- un apparent regain de vigilance en fin d’après-midi (vers 18h-19h) accompagné d’une amélioration des performances (meilleur maintien de la trajectoire et de la vitesse). Cette dernière reste cependant moindre lorsque les conducteurs ont subi une privation de sommeil.

Attention, les observations montrent que le regain de vigilance observé en début de soirée coïncide avec une augmentation de la vitesse (+7 km/h en moyenne, toute zone de conduite confondue et avec ou sans dette de sommeil) ; ce qui peut laisser craindre une plus grande prise de risque.

Eviter la conduite prolongée
Avec ou sans dette de sommeil, et quelle que soit l’heure de la journée, la durée prolongée de conduite apparaît comme un facteur de risque d’accident : dès 50 minutes de conduite, on note ainsi :

  • 1,5 fois plus de non-respect des feux tricolores (mais pas sur autoroute…), d’oubli des clignotants ou de collisions ;
  • 2 fois plus de franchissements de ligne inappropriés (observés dès 20 à 30 minutes sur autoroute) dont la durée est également allongée ;
  • 3,6 fois plus d’excès de vitesse en comparaison avec les 10 premières minutes de conduite.

« Contrairement à certaines idées reçues, le risque de somnolence ne concerne pas que les automobilistes et les conducteurs de poids lourds mais également les motards, souligne Bernadette Moreau, déléguée générale de la Fondation Vinci Autoroutes.

La fatigue liée à la conduite touche ces derniers plus rapidement, ce qui nécessite de leur part de prévoir des pauses plus fréquentes qu’en voiture : toutes les heures plutôt que toutes les deux heures ». Sur certaines motos, cela correspond à la durée de trajet entre deux pleins d’essence. Sur les autres, la vigilance s’impose.

Bilan : gare à la fatigue !
L’autoroute n’est pas l’idéal à moto : c’est long et ennuyeux. Mais cela reste un passage obligé, un itinéraire de liaison pratique entre son point de départ et une destination plus appropriée à la pratique de la moto.

Lors d’un trajet autoroutier, il est important de ne pas sous-estimer les signes de fatigue. Et de s’arrêter pour se reposer. Ce n’est pas le vent dans le casque qui réveille le motard, mais bien un changement de rythme et, dans l’idéal, une petite sieste…

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